1. Rappel historique : construction précoce d’un dispositif de formation et de recherche empruntant de manière originale à plusieurs modèles, parmi les plus compétitifs
On date à -4000 ans avant notre ère les premiers peuplements austronésiens à Taiwan, dont les descendants forment les actuelles communautés aborigènes de l’île. Au XVIIe siècle, à la faveur des migrations et de l’installation à Taiwan de Chinois du sud, principalement de la province du Fujian et de la communauté Hakka, se construisent les premiers temples dédiés à Confucius, tel, en 1665, le temple de Tainan considéré comme la première institution éducative de l’île. Cet esprit confucéen qui se met alors souffler sur Taiwan annonce pour partie l’attention que familles et pouvoirs publics porteront à la qualité de l’éducation.
Au terme du traité de Shimonoseki et après le court épisode de la république de Taiwan, l’île est placée sous administration japonaise. Dans la lignée des changements à l’œuvre au Japon, Taiwan connaît alors une modernisation « occidentalo-japonaise » qui se concrétise par le développement des infrastructures, un début d’industrialisation et la mise en place d’institutions modernes d’enseignement supérieur comme l’Université impériale de Taihoku (Taipei), future Université nationale de Taiwan (Taida), aujourd’hui classée parmi les meilleures universités d’Asie (1).
La remise de Taiwan à la Chine en 1945 puis le repli nationaliste sur l’île en 1949 s’accompagnent de l’arrivée non seulement des troupes mais également d’une partie importante de l’élite chinoise qui entreprend la réinstallation à Taiwan d’institutions chinoises parmi les plus prestigieuses. Citons l’Academia Sinica et l’Université nationale Tsing Hua dès 1949 ou encore l’Université nationale Chiao Tung en 1958. De nouveaux organismes sont également mis en place. C’est le cas en 1959 du Conseil national des sciences de Taiwan (NSC), à la fois ministère de la science chargé de la définition de la stratégie de recherche et d’innovation et agence de financement de la recherche selon des mécanismes compétitifs. Au cours de cette période, les élites scientifiques et industrielles taiwanaises se forment massivement aux Etats-Unis.
A partir des années 70, l’ouverture et l’essor taiwanais entraînent la multiplication des universités sur l’île. C’est ainsi que les universités nationales des sciences et technologies et Yang Ming, créées en 1974, comptent désormais parmi les meilleures universités asiatiques, respectivement technologiques et médicales. On dénombre aujourd’hui plus de 150 établissements d’enseignement supérieur à Taiwan. Tirant partie de son envol économique mais également pour conforter ce dernier, Taiwan organise parallèlement un dispositif de recherche et d’innovation tournée vers le transfert technologique et la valorisation de la recherche.
L’ITRI (Industrial Technology Research Institute) est créé en 1973 à Hsinchu aux abords des universités nationales Tsing Hua et Chiao Tung, dont les recherches appliquées présentent un fort potentiel de valorisation. En 1980, sous l’impulsion du NSC et selon une approche originale d’intégration des mondes académique et de l’entreprise, le Parc scientifique de Hsinchu dédié à la microélectronique, aux TIC et à l’instrumentation de précision, est adjoint au complexe. Il accueille aujourd’hui 416 sociétés employant près de 130 000 salariés. Dès 1988, le NSC met en place une série de grands équipements, pour les nanotechnologies, le calcul intensif ou encore l’agriculture, réorganisés en 2003 au sein des Laboratoires nationaux de recherche appliquée (NARL).
Fort du succès de Parc scientifique de Hsinchu, le NSC décide la création de deux nouveaux parcs scientifiques, en 1997 au sud et en 2003 dans le centre. Le NSC cherche d’une part à capitaliser sur les technologies développées en en favorisant le transfert vers de nouvelles applications – microsystèmes ou technologies pour la santé par exemple – et d’autre part à renouveler l’opération de Hsinchu, fructueuse et décisive pour l’économie insulaire, dans d’autres secteurs comme celui des écrans plats ou encore les biotechnologies.
Notons par ailleurs qu’alors que la priorité assignée au secteur académique et scientifique taiwanais était initialement de concourir à l’émergence économique de l’île, les pouvoirs publics taiwanais entendent également conforter les capacités scientifiques et technologiques insulaires par un soutien à la recherche fondamentale. Le Centre national des sciences théoriques est fondé dès 1997 et connaît par la suite plusieurs extensions.
2. Chiffres et priorités : un effort de recherche soutenu, partagé par les pouvoirs publics et les entrepirsesn orienté vers des recherches très finalisées
L’effort de recherche et de développement taiwanais s’élève à près de 2,6 % du PIB, dont deux tiers sont mis en œuvre par les entreprises et un tiers par les pouvoirs publics (voir figures 1 et 2).
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Population (Mhab) |
PIB/hab ($) |
PIB/hab ($,ppa) |
DIRD (M$) |
DIRD (%PIB) |
|
France |
63 |
35 404 |
34 145 |
41 436 |
2,1 |
|
Taiwan |
23 |
21 565 |
30 084 |
16 552 |
2,6 |
|
Corée du Sud |
49 |
27 600 |
24 200 |
35 885 |
3,2 |
|
RP Chine |
1321 |
2 001 |
7 598 |
86 758 |
1,4 |
Figure 1 - Dépenses intérieures de recherche et développement. (2006)
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Entreprises |
Pouvoirs publics |
|
Taiwan |
67 % |
33 % |
|
France |
54 % |
46 % |
Figure 2 - Répartition des sources de financement de l'effort de recherche. (2005)
Les priorités de la recherche sont :
- les biotechnologies pour l’agriculture et l’alimentation,
- les biotechnologies pour la santé et les produits pharmaceutiques,
- l’archivage numérique,
- la gestion et réduction des risques naturels,
- les TIC et l’e-learning,
- la médecine génomique,
- les nanosciences et les nanotechnologies,
- les technologies issues du silicium,
- les télécommunications,
- les énergies.
3. Coopération scientifique et technologique : la France, deuxième partenaire scientifique de l'île
Les pouvoirs publics taiwanais entendent diversifier leurs partenariats, traditionnellement tournés vers les Etats-Unis, en particulier au profit de l’Europe, et citent désormais la France comme deuxième partenaire scientifique de l’île.
Les échanges scientifiques, en augmentation constante depuis 20 ans, sont facilités par le partage d’une même méthodologie scientifique et de normes proches en matière de propriété intellectuelle. Ils s’organisent autour d’une palette complète de programmes incitatifs permettant :
- d’initier une collaboration :
partenariat Hubert Curien Orchid (2) (NSC / IFT) ;
programmes NSC / Organismes (3) (CNRS, INSERM, INRIA, IFREMER, INRA-CIRAD)
programme Frontières de la science (4) (NSC / IFT),
- de la structurer et de la consolider :
programme ANR /NSC (5)
outils du CNRS (LIA,PICS, GDRI, UMI…) ;
réseaux régionaux STIC-Asie et Bio-Asie ;
- de la récompenser :
Prix de la Fondation scientifique franco-taiwanaise.
Les domaines historiques de la collaboration sont les géosciences ou l’agriculture. Les projets actuels concernent les matériaux nanostructurés et la nanophotonique, les technologies de l’information et de la communication, la recherche médicale ou encore les neurosciences.
La veille scientifique et technologique effectuée par l’Institut français de Taipei permet en outre à la communauté scientifique française de se tenir régulièrement informée (via le BE Taiwan (6)) des avancées scientifiques et des développements technologiques à Taiwan.
Exemple : le programme ANR / NSC TecSan 2009 ouvert à la coopération avec les entreprises
L’appel ANR TecSan ouvert à la coopération franco-taiwanaise permet le soutien sur 2 à 4 ans de projets de recherche sur des technologies et produits innovants pour la santé et l’autonomie. Une entreprise doit être impliquée dans les projets en plus des équipes de recherche et des équipes cliniques. Côté ANR, le projet reçoit une subvention qui s’élève en moyenne à 800 k€ et peut atteindre 2 M€. 50 % des dépenses identifiées par l’entreprise sont éligibles au financement.
la meilleure de la zone "Grande Chine"
Soutien à la mobilité des chercheurs impliqués dans des projets de recherche et des ateliers conjoints.